J’animerai une rencontre avec les auteurs Delaf et Dubuc de la très populaire série des Nombrils dans le cadre du salon du livre le 19 novembre prochain à 11hUne discussion à propos de TOUT, TOUT, TOUT sur l’adolescence, l’amitié, la BD, etc.
Au plaisir de vous y voir…


 

 

À compter de l’édition du 19 septembre 2009 du magazine La Semaine, j’aurai l’immense plaisir de publier une chronique sous forme de rencontre avec un artiste. Il sera question de ses coups de coeur musicaux, cinémas et littéraires.

La Semaine

Zulu, Caryl FéreyRetenez bien votre souffle. Car dès la première page, on passe immédiatement en cinquième vitesse.

Caryl Férey, avec son Zulu aux Éditions Gallimard/Série Noire, nous propose une ballade en Afrique du Sud post-apartheid rongée par la pauvreté, la misère, la maladie et la violence. Un portrait sombre.

Le corps de la fille d’un ancien champion du monde de rugby est retrouvé dans le jardin botanique de Kirstenbosch. Une drogue à la composition inconnue s’avère être la cause du meurtre. Ali Neuman, chef de la police criminelle de Cape Town, mène l’enquête. Aidé de son bras droit Brian Epkeen et du jeune Fletcher, il s’enfonce dans les townships. La traque du tueur se révélera être une véritable descente en enfer. Déjà écorché à l’entrée, aucun n’en sortira indemne.

La violence, la poésie, la noirceur et l’espoir cohabitent naturellement dans ce récit magnifique. Un livre si dense et copieux, qu’une fois la dernière page tourné, vous resterez empreint de cet univers, en cherchant à saisir les subtilités qui vous auront échappé durant la lecture. Un livre dont on sort transformé. Zulu est l’oeuvre d’un auteur sans concession à la plume acide, d’un dialoguiste hors paire doublé d’un sens du rythme redoutable. Férey impose son talent en ne laissant personne indifférent. Il a sa place parmi les grands.

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Je serai l’heureux porte-parole, en compagnie de Marie-Ève Larivière, de l’événement Lis Avec Moi du 3 au 11 octobre prochain. Voici les deux pubs:

JustineUn petit bijoux s’est présenté sur la pointe des pieds dans le monde du 9ème art québécois: Justine, aux Éditions Fichtre! de la jeune et talentueuse auteur Iris.

Un pur délice.

Après avoir oeuvré dans l’autobiographie, en participant à de nombreux collectifs québécois et européens en plus de son premier album et ses fanzines, voilà qu’elle se lance avec brio dans la fiction. Justine raconte l’histoire d’une jeune femme orpheline à l’aube de la vingtaine, à la croisée des chemins, vivant sous l’emprise d’une coloc peu sympathique en fauteuil roulant. Son salut, elle le trouvera dans un boulot de réceptionniste pour un centre sportif douteux à l’effigie d’Elvis, Les Fils du King.

Oscillant habillement entre le rire et le drame (n’est-on pas à fleur de peau à cet âge si naïf?), on s’éprend de cette jeune fille à la recherche d’elle même. Entourée d’une riche galerie de personnages solidement campés, avec un coup de crayon éloquent, précis et rafraîchissant, on plonge dans un récit sous forme de vignettes avec grand bonheur, sans jamais se douter ou cela nous mènera.

Seul ombre au tableau: cette petite perle reliée se dévore trop rapidement! On en veut encore et encore!

Justine est disponible uniquement à la Librairie Fichtre! ou via leur site web.

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Bibliographie:

Zi6_9922Dans cette surenchère de romans policiers offert en librairie, il est de plus en plus difficile de mettre la main sur un bouquin qui ne soit ni une recette pré-mastiqué ni l’oeuvre d’un auteur de ”best seller” essoufflé. Fort du succès foudroyant de la série Millenium, plusieurs éditeurs, pour rivaliser, sont prêt à tout pour gagner du terrain. Les éditions Sonatine vont juste qu’à publier une stars américaine du petit écran, qu’ils annoncent fièrement sur un bandeau rouge jouxtant la jaquette. Le Docteur House peut aller se rhabiller.

De cette pléthore, donc, en voici un qui mérite largement le détour: Seul le Silence de R.J. Ellory au éditions Sonatine. Comme quoi le même éditeur est capable du meilleur comme du pire. Et pour preuve.

À l’âge de 12, Joseph Vaughan découvre dans son village dortoir du sud des États-Unis le corps inanimé d’un petite fille. Plusieurs autres suivront. Sans que les autorités n’y puissent quoi que ce soit. Jusqu’à ce que l’affaire, des années plus tard, soit élucidée. Rendu adulte, Joseph tire un trait sur ce troublant épisode et tente d’aller vivre sa vie de romancier à New York. Mais les meurtres reprennent. Il replongera donc dans l’horreur pour mettre un terme à ce cauchemar.

L’auteur aborde un sujet grave, l’assassinat de fillettes, sans jamais être racoleur. Il dépasse de loin la simple mécanique du “Thriller”, nous offrant avec finesse une oeuvre empreint d’une grande humanité, ou la complexité de la construction des personnages étonne. Nous éprouvons une grande empathie pour Joseph, façonné par l’impensable. Et tout au long de sa vie, nous le  suivons au-delà des mots, de l’obscurité, de la solitude.

Un étonnant et formidable premier roman d’un auteur qui aurait pu se passer de la double recommandation de Micheal Connelly sur la première et la quatrième de couverture. Un certain docteur, par contre, en aurait bien besoin…

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Bibliographie:

Seul le silence, (A Quiet Belief  In Angels) - Ed. Sonatine

À paraître: Vendetta (A Quiet Vendetta) - Ed. Sonatine

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Ancienne édition.

Heureux, vous qui n’avez pas encore lu l’extraordinaire Trilogie Berlinoise de Philip Kerr. De fabuleuses heures de lecture s’offrent à vous. Parce qu’il faut le dire: ces 836 vous laisseront sans voix. Et vous en redemanderez.

Le sympathique détective privé allemand Bernie Gunther, ancien membre de la kirpo, qui n’a à priori rien contre les juifs, se retrouvera bien malgré lui plongé dans la tourmente de la montée et la chute du IIIe Reich. De l’enquêteur désinvolte à l’humour pince sans rire de L’Été de crystal à l’homme brisé d’Un Requiem Allemand, c’est tout un pant de l’histoire qui défile sous nos yeux. Un polar historique rudement bien documenté, habilement contextualisé, qui ne verse pourtant jamais dans le cours d’histoire rebutant. Au détour de ses enquêtes, Gunther croisera sur son chemin les Himmler et Goering qui ont écrit l’histoire.

De la préparation des Jeux Olympiques de 1936 à l’aube de la guerre froide au beau milieu des décombres post défaite en 1947, nous suivons cet homme qui sombre peu à peu au cœur de l’horreur, de l’abjection, de l’incompréhension. Et c’est justement là que réside l’intérêt et la grande force du récit. Au-delà de l’intrigue policière, menée avec brio il va s’en dire, cette jubilatoire trilogie nous plonge avec réalisme et sensibilité dans le quotidien de Berlin, emportée dans cette inconcevable folie nazie.

Impossible à lâcher.

À lire de toute urgence.

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  1. La Trilogie BerlinoiseEd. du Masque
  2. La Mort, en autreEd du Masque — NOUVEAUTÉ

zi6_9994_21Le sixième tome des aventures de Paul est enfin arrivé. Et le plus grand album québécois de bande dessinée par la même occasion. Rien de moins. Aucun album n’avait réussi à m’émouvoir avec une telle force depuis le Jimmy Corrigan de l’auteur américain Chris Ware en 2000. Et voilà que Michel Rabagliati débarque, sur la pointe des pieds, avec ce chef d’oeuvre édité par la Pastèque. 187 pages de pur bonheur.

10 ans et six albums plus tard, jamais la série tombe dans la recette. Rabagliati nous livre chaque album avec un amour dont seul les artisans sont capables. Chaque tome se concentre sur une période de la vie du héros, constituant tranquillement mais sûrement une véritable mozaïque épique. Fort de ses nombreux prix et nominations, il retourne pourtant à sa table à dessin à chaque nouvel opus avec humilité, meilleur partenaire de création. Et à chaque fois, le spectre s’élargit, le talent se confirme, et le plaisir croît.

Ici, l’action se déroule au début 2000 à St-Nicolas, alors que Paul, sa femme Lucie et leur fille rendent visite au beau-père. Le plus sombre d’entre tous, Paul à Québec traite d’une mort à laquelle nous ne sommes jamais préparés. L’auteur nous y amène tranquillement, se gardant bien de sortir les violons et la complaisance de bon aloie. La poésie prend le relais, et nous donne à voir des planches à couper le souffle. Et qui marqueront à n’en point douter l’esprit des lecteurs. Pour longtemps.

Ce tome de Paul à quelque chose du grand roman américain à la Kerouac, dans le souffle. Oscillant habilement entre le rire et les pleurs, entre le verbe et le silence, la vie, impitoyable et belle à la fois, suit sont cours.

Poignant et grandiose.  Du chocolat chaud pour l’âme.

En librairie à compter du 9 avril.

Un prix au prochain festival d’Angoulême maintenant?…

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Série des Paul:

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The Walking Dead. Comme le titre de cette série américaine l’indique, nous sommes ici en compagnie de morts vivants. Ce qui, à prime à bord, en rebutera plus d’un. Et moi le premier. Seulement voilà: elle mérite largement qu’on s’y attarde. Tout simplement parce que cela est bon! Plus qu’un simple plaisir coupable…

Parce que disons-le d’entré de jeu: les zombies, d’abord moteur de l’action, deviennent vite un prétexte. Ce qui nous intéresse, et ce que l’auteur Robert Kirkman nous donne brillamment à voir, c’est ce qui se passe après le générique de fin d’un film d’horreur: la survie. Car les survivants sont vite en totale rupture avec le confort, le quotidien, la civilisation. La prémice de base est d’ailleurs fort simple. Rick, un policier, est hospitalisé après avoir été atteint d’un e balle. À son réveille à l’hôpital, sa vie bascule. Il découvre à sa grande stupéfaction que des morts vivants ont envahi les rues. Il semble être le seul à ne pas être contaminé. Il tentera par tous les moyens de retrouver sa femme et son fils. Il croisera d’autres survivants sur son chemin. Ensembles, ils tenteront de resserrer les rangs.

Oui il y a de la violence. Et du sang. Pourtant, l’auteur sort des sentiers battus où semble confiné ce genre surfait.  Parce qu’il fait le choix de l’humanité. On assiste à l’impossibilité de vivre avec l’incertitude du lendemain. Aux petites joies comme aux grands drames en temps de crise. Le tout mené rondement, à un rythme haletant. On demeure suspendu à cette lecture,  l’auteur s’amusant à nous mener là où on s’y attend le moins. Il gère d’une main de maître une solide distribution de personnages, tous plus riches et complexes les uns des autres.

Du point de vue graphique, le noir et blanc s’avère un choix judicieux. Sans jamais sombrer dans la facilité et le mauvais goût, deux attributs faisant généralement les beaux jours du genre, l’absence de couleur crée une distance par rapport à la violence dite physique pour mieux se concentrer sur celle de type psychologique. L’atmosphère n’en est que plus solidement campé.

Au final, une œuvre qu’on dévore sans retenue avec grand bonheur.

Toujours pas convaincu? Rendez-vous ici afin de lire le premier chapitre.

Boudeur de plaisir s’abstenir.

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The Walking Dead:

  • Le comic book mensuel et les Graphic Novels chez  Image Comics
  • En albums traduits aux Éditions Delcourt

zi6_9877Voici donc quelques suggestions de lectures virtuelles de blogs BD, où on y retrouve des planches publiées à un rythme parfois quotidien, parfois hebdomadaire, c’est selon.

Plusieurs font ou feront l’objet d’une publication en album. Ceux dont la patience n’est pas une vertu, qui se serrent la ceinture en ces temps de crise économique,  ou encore  pour ceux et celles qui se targuent d’être habités par un esprit écologique et socialement équitable, lisez-les d’abord sur le cyber-espace.

Sinon, voilà quelques liens d’auteurs bien de chez nous qui alimentent leur territoire virtuel de création en bande dessinée/illustrations/et autre.

Si vous êtes du type explorateur, et que vous avez du temps à tuer, voici l’Annuaire de blogs Bd. C’est un outil de recherche incomplet et rébarbatif. Vous êtes prévenus.

jerome-bigrasLa remarquable maison d’édition québécoise La Pastèque, en autre réputée pour son audace et la grande qualité de ses livres, a d’abord publié l’intégral en 5 tomes des aventures de Michel Risque. Elle s’est ensuite attaquée, à notre grand bonheur, à la publication de l’intégral de Red Ketchup (2 tomes sur 9 de parus). Et voilà qu’elle récidive avec la publication du troisième rejeton du défunt magazine Croc : Jérôme Bigras. Hallelujah!

D’abord parue en 2 tomes aux Éditions Logiques dans les années quatre-vingt dix, le présent album est en quelque sort un émule des deux précédents, avec en boni quelques planches inédites.

Cet indécrottable banlieusard ventripotent, né de l’imaginaire débridé du bédéiste québécois Jean-Paul Eid, s’impose en véritable héros du 450, où, sous des apparences de banlieue dortoir, se cache un terrain fertile d’aventures surréalistes… et de pelouses impeccables. Avec pour fidèle compagnon d’arme une sympathique tondeuse, il combattra des lutteurs sumos mogols à batteries sortant des bouches d’égouts, voyagera dans le temps à bord de son La-Z-Boy, tentera de piéger le passeur de circulaire, n’hésitera pas à plonger dans une brassé à eau froide pour nager à la rescousse Nicole des griffes des hommes grenouilles. Ennuyant la banlieu vous dites?

Ce fabuleux dérapage contrôlé est l’oeuvre d’un auteur aguérie, qui prend un malin plaisir à jouer avec le médium de la bande dessinée, à en repousser constamment les limites. Le dessin, parfaitement au diapason avec le récit, est d’une joyeuse folie. Eid a un sens inné de la comédie. En quelques coups de crayon désinvoltes, il vous pond des tronches pas possible (i.e. passeur de circulaires). Pourfendeur de l’ennuie et apôtre du kétaine, Bigras saura à coup sûr vous accrocher. Et bonne nouvelle: un album inédit est en préparation chez le même éditeur.

Gageons que vous ne verrez plus jamais votre passeur de circulaires du même oeil…

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Jérôme Bigras:

  1. Des tondeuses et des Hommes, Ed. de la Pastèque – 2008
  1. Bongalopolis, Ed. Logigiques -1992
  2. On a marché sur mon gazon, Ed. Logiques – 1994

Site officiel de Anton Parks

Pour se procurer ses livres sur amazon.fr

Site web de Sylvie Boucher


zi6_9956Voici le nouveau western. C’est MC Solaar qui serait content.

Après avoir sévit dans la flibusterie avec l’excellent Isaac le pirate , Christophe Blain récidive avec Gus. Ce nouvel opus est une comédie de moeurs à la Woody Allen transposée dans un Far West halluciné, où trois mésadaptés sentimentaux tentent de conquérir la femme, leur véritable el dorado, entre les braquages de banques et de trains somme toute accessoires. L’auteur fleurte habilement avec l’humour (tantôt parodique, tantôt burlesque) et les sentiments, nous donnant a voir l’arrière du décors. La face caché du western. Devenant du coup “son” western. Gus et sa bande s’humanisent sous nos yeux. On ne peut que les aimer.

Blain, à coup sur inspiré par ces grands espaces, s’accorde une liberté de création totale. À commencer par la pagination. Il sort du standard 48 pages cartonnés colorés pour y trouver son propre rythme. Les albums sont composés de 4 à 5 histoires, à l’instar de couts métrages, isolant ainsi un moment précis du récit. Ces éllipses et retours dans le temps permettent au lecteur de constituer peu à peu la chronologie de cette formidable fresque épique. Du pont de vue graphique, l’illustrateur émérite fait une fois de plus mouche. Tout y est sublime: la mise en page, le cadrage, la couleur. Du talent à l’état brut. Il jongle habilement avec l’aspect caricaturaux des personnages et le réalisme de la trame, sans jamais donner dans l’effet. Ni dans l’abus d’ailleurs. Bref, que du bonheur.

Une des grandes séries du moment.

Un des grands classiques de demain.

Assurément.

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Gus (Ed. Dargaud):

  1. Nathalie
  2. Beau bandit
  3. Ernest - Sélection officielle Angoulême 2009

zi6_9936On associe souvent à tord l’Afrique qu’aux guerres civiles, le sida, la famine. L’excellente série Aya de Yopougon nous montre l’autre visage du continent, loin des clichés, loin d’un misérabilisme trop souvent colporté par les médias.

Bienvenue à Yopougon, quar­tier po­pu­laire de la ville d’Abid­jan en Côte d’Ivoire, où c’est loin d’être triste! On y trouve Aya, une jeune femme sage et consciencieuse, entourée d’une galerie de personnages des plus colorés (sans mauvais jeu de mot) dont ses copines aimant s’amuser, rêver, vivre quoi! Nous plongeons donc au coeur de la vie de ces adolescents composant tant bien que mal avec l’amitié, l’amour, les premières relations sexuelles. Loin du feuilleton à l’eau de rose pour jeunes filles et de la caricature, Marguerite Abouet aborde avec finesse et aisance des sujets délicats tels que l’homosexualité, l’avortement  l’abus sexuel et le mariage arrangé. Le tout avec un savant dosage de truculence et de sensibilité. On se doute bien qu’elle puise dans ses souvenirs de jeunesse pour nous raconter cette histoire avec autant d’authenticité.

L’illustrateur français Clément Oubrerie illumine le tout avec son trait fougueux, vivant et souple. Son sens de la mise en page et du rythme servent avec justesse la trame sémillante et colorés du récit. La complicité entre les deux artisans opère.

De plus, vous trouverez en fin d’album un petit lexique (expressions ivoiriennes obligent!), ainsi que des recettes et autres succulents bonus qui complètent à merveille la lecture.

Truculent, rafraichissant, savoureux, drôle, intelligent. Et toujours meilleur d’album en album. On en redemande.

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Aya de Yopougon:

  • 4 tomes, Ed. Gallimard Collection Bayou – Prix du premier album – Festival Angoulême 2006
  • Également disponible en anglais chez l’éditeur montréalais Drawn & Quaterly

zi6_9931Voici, selon l’Express «le plus méconnu des auteurs québécois anglophones»: Trevor Ferguson. Ce romancier et dramaturge montréalais a longtemps cumulé les petits boulots (dont chauffeur de taxi de nuit) avant de connaitre  le succès grâce à sa série policière mettant en vedette l’enquêteur Émile Cinq-Mars, qu’il écrit sous le pseudonyme de John Farrow.

Cette série nous montre un Montréal inconnu, plaque tournante du trafic de drogue et terrain de prédilection des gangs de motards criminalisés. Une mégapole de la trempe de New York ou Los Angels, avec ses grands boulevards, ses univers interlopes, sa grande diversité et ses tensions raciales et linguistiques. Une ville belle et impitoyable. D’ailleurs, le premier opus, La ville de glace, a comme trame de départ un événement ayant réellement eu lieu à Montréal en 1995 : le décès du jeune Daniel Dérochers, alors agé de 11 ans, tué à la suite de l’explosion d’une voiture piégée.

Grincheux et hagard, l’inspecteur francophone Émile Cinq-Mars, aux méthodes peu orthodoxes il va s’en dire, mène ses enquêtes avec l’acharnement d’un chien cherchant son os. Érigé au statut de star par les médias, il est de loin le flic le plus connu de tout Montréal. En compagnie de son jeune coéquipier anglophone Bill Mathers, le tandem, lointains cousins des Bon Cop Bad Cop, s’investiront corps et âme dans leurs enquêtes.

John Farrow ne précipite rien dans son écriture. Il campe solidement la situation. Exit les Deus ex machina, les lapins sortis du chapeau, les revirements spectaculaires et racoleurs. Ici, tout est mis en place sciemment et patiemment.  Du bon roman procédural étoffé, où l’enquête suit son cours. Il parsème brilament son récit de leçons d’histoire sur Montréal, enrichissant d’avantage le récit. Le tout avec une pointe d’humour et beaucoup d’humanité. Et de froid aussi.

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Série John Farrow:

  1. La ville de glace (City of Ice) – Ed. Livre de poche
  2. Le lac de glace (Ice Lake) - Ed. Livre de poche
  3. La Dague de Cartier – Ed. Grasset

zi6_9907Un grand auteur vient de nous quitter. Donald Westlake n’est plus. Qualifié comme étant “l’homme le plus drôle du monde” par le New York Times, il a écrit près d’une centaine de romans en 49 ans de carrière, sous six noms de plume différents. Menant plusieurs séries de front, celle de John Dortmunder demeure, à mon humble avis, la meilleure et la plus drôle d’entre tous. Une rencontre inusité du polar et du boulevard. Du délire à l’état brut.

John Archibald Dortmunder. L’archétype même du “looser” sympathique. Avec un nom pareil, on lui pardonne son tempérament pessimiste. Voleur de profession, l’idée d’exercer un travail honnête lui est insupportable. Il se lance donc systématiquement dans des casses improbables se soldant invariablement par un échec, pour notre plus grand bonheur. Comme tout bon truand, il travaille en équipe. La joyeuse bande se donne rendez-vous dans l’arrière boutique du O.J. Bar and Grill sur Amsterdam Avenue à New York. On y retrouve Andy Kelp, homme enthousiaste, imaginatif, aux idées parfois dicutables et amoureux de gadgets. Stan Murch, toujours accompagné de sa mère conductrice de taxi, qui les conduira. Tiny Bulcher, assassin, homme de bras, immense comme une montagne. Tous mettent donc la main à la pâte, dirigé par un Dortmunder sceptique. Et lorsqu’il réussit un humble larcin, il s’empresse de vendre l’heureuse récolte à Arnie Albright, un homme d’une pestilence sans nom, dont la répulsion n’a d’égale sa générosité. Bref, une galerie de personnages colorés peuplent les mésaventures de Dortmunder. L’idée qu’ils se retrouvent tous à la retraite forcé nous semble invraisemblable. Ils nous manqueront cruellement. Et le génie de Westlake aussi.

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Série Dortmunder aux éditions Rivages:

  1. Pierre qui roule (The Hot Rock)
  2. Le Paquet (Bank Shot)
  3. Jimmy the Kid
  4. La joyeuse magouille (Nobody’s Perfect)
  5. Ça n’arrive qu’à moi (Why Me?)
  6. Bonne conduite (Good Behavior)
  7. Dégâts des eaux (Drowned Hopes)
  8. Histoire d’os (D’ont Ask)
  9. Au pire, qu’est-ce qu’on risque? (What’s Worst That Could Happen?)
  10. Mauvaises nouvelles (Bad News)
  11. Les sentiers du désastre (Road To Ruin)
  12. Voleurs à la douzaine (Thieve’s Dozen)

pc290072J’ai chroniqué ce livre à plusieurs reprises (dont ici). À mes yeux, il s’agit d’un livre important. Le genre de livre à mettre entre les mains de tous, surtout ceux et celles qui ne lisent pas de bandes dessinées, préférant se cantonner dans leurs préjugés douillets quand à ce type de littérature. Le Photographe fait non seulement la démonstration que la bande dessinée peut être un témoin du monde dans lequel on vit, mais il fait aussi la preuve que l’autobiographie en bd peut être autre chose que de la mousse de nombril.

Chargé de réaliser un reportage photo pour le compte de Médecins Sans Frontières en Afghanistan en 1986, alors en plein conflit avec l’URSS, Didier Lefèvre y passe trois mois au nord-est du pays. À son retour, il raconte son périple à son ami Emmanuel Guibert, photos à l’appuie. Ce dernier, bouleversé, a l’idée d’adapter son périple en bande dessinée. Voilà pour la petite histoire.

La particularité, mais surtout, la grande réussite de cet album réside dans l’heureuse rencontre entre les médiums de la photo et de la bande dessinée. En effet, Guibert insère les photos de Lefèvre dans le récit dessiné, avec fluidité et habilité. L’alchimie est tout simplement parfaite. L’homogénéité des cadrages y est pour beaucoup. L’auteur évite d’en faire trop ou de tomber dans l’effet, se contentant de transmettre la parole de son ami, en toute humilité. Mais qu’on ne s’y m’éprenne pas: les cases dessinées ne servent pas à combler le vide lorsqu’il n’y a pas de photo. Le dessin raconte, la photo valide. C’est donc dire qu’on est loin du roman savon!

On suit donc le périple de Lefèvre en complète immersion, passant du dessin à la photo sans jamais ciller. Il est d’ailleurs troublant de voir à quel point la transposition en image et la mise en page de Guibert a su capter avec justesse le récit de son ami reporter, comme s’il y avait été.

Dur. Poignant. Nécessaire. Parce que 20 ans plus tard, la guerre y sévit toujours. Seul l’ennemi a changé.

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Le Photographe:

  • 3 tomes, Édition Dupuis, collection Aire Libre -Prix “Essentiel” au Festival d’Angoulême 2007
  • L’intégrale en un seul tome
  • Ou encore le superbe coffret comprenant les 3 tomes, avec en bonus un porte-folio de 12 photos + un dvd document de 40 minutes réalisé et commenté par le chef de mission

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Voici une planche inédite de Jimmy Beaulieu réalisée en 3 minutes, soit la durée du topo que j’avais tourné en sa compagnie sous les traits de Fx pour l’émission Réal-It sur les ondes de Vrak-Tv en l’an de grâce 2001 dans le cadre du Salon du Livre de Montréal.

On peut voir ça ici, à condition d’être conciliant à mon endroit. Ou celle de Fx. À vous de voir.

Les 4 romans de la série John Cardinal de Giles Blunt

Voici le secret le mieux gardé de l’univers du polar canadien: l’auteur torontois Giles Blunt. Ses 4 romans, mettant en vedette le policier John Cardinal, sont un pur délice. Classique dans la forme, ils témoignent néanmoins d’un grand talent. Il n’en tient qu’a vous de répandre la bonne nouvelle.

John Cardinal donc. Ce jeune cinquantenaire est enquêteur à la brigade criminelle de la petite ville dortoire d’Algonquin Bay en Ontario (qui est en fait la ville de North Bay). Consciencieux, acharné et intègre, il a pourtant cédé une fois à la tentation. Son crime: celui d’avoir détroussé un criminel verreux quelques années plus tôt afin de subvenir aux besoins de sa famille. Alors que sa fille étudie à Yale, sa femme, gravement dépressive, fait de nombreux sauts entre la maison et la clinique psychiatrique. Enlisé dans l’abîme du remords, il se dévouera donc corps et âme à ses enquêtes, aidé de sa coéquipière francophone Lise Delorme, pour mieux y trouver la rédemption.

La détresse humaine, doublée de ces paysages vastes et enneigés, bouleverse. Le réalisme, la proximité géographique et le rythme qui s’y rattache nous rejoignent instantanément. Et ce personnage d’enquêteur nous touche droit au coeur. A mille lieux des stéréotypes convenus du genre (flic alcoolique, rebondissements improbables, violence à outrance), Blunt signe ici une oeuvre empreinte d’humanité. Tout y est vrai, dur, froid, impitoyable, à fleur de peau.

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Série John Cardinal:

  1. Quarante mots pour la neige (Forty Words for Sorrow) – Ed. Pocket Prix Silver Dagger
  2. Sous un ciel de tempête (The Delicate Storm) – Ed. Pocket Prix Arthur Ellis
  3. Surgie de nulle part (Black Fly Season) Ed. du Masque
  4. Quand tu liras ces mots (By the Time You Read This) Ed. du Masque

Sol Carrelus

Sol Carrelus - L'Association 2008

Tandem de créateurs iconoclastes, Florent Ruppert et Jerôme Mulot font mentir le vieil adage selon lequel la bande dessinée est un art mineur réservé uniquement aux jeunes enfants. Ce qui est une bonne chose. Parce que la lecture d’un album de ces auteurs en est une exigeante. Peut-être aurez vous d’ailleurs la nette impression d’être sous le joug de substances illicites. Atmosphère glauque et mystérieux, peuplé de personnages sans visages, les auteurs s’appliquent à explorer, avec un humour qui leur est propre, les sombres tréfonds de l’âme humaine. Ils repoussent à tout coup les limites du 9ème art en déstructurant le récit, en distortionnant le médium, de sorte que le lecteur est fortement bousculer. Exit le confort d’un Enki Bilal ronflant, pour ne nommer que lui. Nous voilà en pleine zone de turbulence. Attachez bien votre ceinture.

Leur nouvel opus, intitulé Sol Carrelus (Éditions L’Association), est peut-être le plus accessible d’entre tous, ce qui en fait l’album tout désigné pour plonger dans leur univers caustique et corrosif. L’aspect expérimental est ici mis en veille au profit d’une intrigue plus classique. Quoi que. On assiste donc à un huis-clos costumé où une momie, la fiancée de Frankenstein, un bossu, une sorcière et quelques fantômes fêtent les “trois nuits de Samain”. Cette fête d’aristocrates se voit menacée par l’intrusion de villageois réclamant vengeance. Le tout entrecoupé de doubles pages hallucinées sous forme de caléidoscope sanguinaire.

Se situant quelque part entre Benny Hill et Tarantino, l’étonnant duo Ruppert et Mulot apporte un vent de fraîcheur dans une décennie où les auteurs revendicateurs des années 90 ont depuis, pour certain, pris un peu du bide.

Bonus: voici un autre projet fou du duo, dans le cadre du Festival d’Angoulême.

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Bibliographie:

  • Safari Monseigneur, Ed. L’Association
  • Panier de singe, Ed. L’AssociationPrix “Révélation” au Festival Angoulême 2007
  • La poubelle de la place Vendôme, Ed. L’Association
  • Gogo Club, Ed. L’Association
  • Le tricheur, Ed. L’Association
  • Sol Carrelus, Ed. L’Association
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